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Méandres

- Par Julien Leroux

Conciliant pourtant de forts contrastes d’ordres divers, cette toile inspire un sentiment de douceur et de calme. La notion clef explorée ici encore par l’artiste est celle de l’harmonie et de l’équilibre, tout en confrontant des oppositions fortes à même de donner profondeur et richesse visuelle à la composition.

On retrouve la palette favorite de l'artiste à cette période : bleus déclinés du très clair au sombre presque noir, teintes rosées, orangées, crèmes et jaunes doux. En rehauts, quelques ajouts de peinture or. Par son éclat variable, l’or intervient ainsi comme un élément de contraste dans la perception des teintes.

Vides et pleins, horizontales et verticales cassent ponctuellement la lecture narrative d’un paysage deviné, partageant en réalité la composition en différentes spatialités. La lumière s’écoule encore une fois en diagonale depuis le coin supérieur gauche, endroit céleste, immatériel, dépourvu d’horizon ou de direction.

Le vide est lumière, la lumière est espace sans fin ; mais comme des flaques capturent l’immatériel, les couleurs claires se répètent et se glissent pareilles à une eau souple entre les formes sombres. Là se jouent des scènes minuscules : silhouettes pêchant à pieds, figures étendues, accroupies ou en train de pêcher, de plonger ou de courir. En effet, l’œuvre apparemment abstraite est en réalité truffée de personnages de dimensions variables, occupés, mêlés à leur décor.

Dans cette toile, l’artiste a voulu faire cohabiter plusieurs espaces narratifs et picturaux. Elle brouille les pistes d’une compréhension hiérarchisée des éléments, contredit la perception perspective de la scène, composée en vérité de scènes multiples enchevêtrées.

Enfin, de par ce jeu de reflets, de formes molles entremêlées, se dessine un univers de bord de mer. Comme une évocation des moments de son enfance passée en Bretagne, des innombrables couchers de soleil sur la mer et de la vie sur la plage au creux des couleurs changeantes océaniques, cette toile poétique recèle la tendresse particulière de moments passés, tous présents à la fois sur la même scène des souvenirs.

Dans les méandres de la mémoire, l’émotion se traduit alors en couleurs pastels, en brillances, en ombres, en fondus oniriques.


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