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Bain de lune

- Par Julien Leroux

Un tableau bleu nuit, où le flou s’écarte pour faire fleurir avec netteté un paysage voluptueux: voilà une peinture apaisante et sensuelle, invitation à la rêverie.

On l’aura compris, les toiles de l'artiste trouvent leur cohérence dans les contradictions. Rien ne crée plus l’émotion esthétique qu’un agencement harmonieux d’opposés ; rien n’est plus propice à la rencontre poétique que l’association de contraires dialoguant ensemble en toute cohésion générale. Les oxymores visuelles que l’on retrouve cette fois sont : le flou et le net (périphéries et centre), le clair et le sombre, le chaud et le froid (bleus contre jaune et rouge), et puis pour la composition, un équilibre d’axes verticaux, horizontaux, circulaires et obliques, gardant le regard et l’attention envoûtés dans le cœur de la toile.

La lumière et la netteté au centre rapprochent davantage cette scène abstraite d’une scène intérieure à la bougie à la façon de Georges-De-La-Tour que d’un paysage classique, pour une focalisation centralisée, où les formes définies apparaissent curieusement lointaines, mais révélées.

Si les transparences et les textures gardent toujours un rôle dans l’illusion de profondeur visuelle et de spatialité, celle-ci se réalise en premier lieu grâce à cet effet de netteté lumineuse au cœur d’un halo sombre. Pour le regard, l’expérience se rapproche de celle d’une observation attentive concentrée sur un objet précis - à travers une lunette, un appareil photo... Ou à l’œil nu d’un élément singulier émergeant de la noirceur (cf portrait à la bougie, clair-obscur...).

Pas de vue d’ensemble (au sens de, contemplation d’un vaste espace jusqu’à son horizon), mais une introduction conscrite du regard, le dévoilement d’un élément central autrement isolé et cerné de mystère.

Les volutes, les coulures, les liserés subtils piègent l’attention dans leur douce séduction. Le regard est fasciné, comme pris au piège hypnotique des méandres lumineux. Les formes souples ne manquent pas d’une certaine sensualité liée à l’élément liquide ainsi qu’à la rondeur, au mouvement ondoyant, que l’on retrouve dans la composition centrale. C’est un tableau de l’intime ; un tableau de nuit et de secret dévoilé derrière l’obscur mystère d’une noirceur habitée, chuchotante.

Cette lumière blonde qui semble percer derrière le bleu foncé, puis s’harmoniser avec le bleu très clair en une danse fluide, n’évoque-t-elle pas la Lune et sa clarté poétique, son règne céleste parmi les ombres ? Mais le bleu pâle qui s’écoule en cascade, n’est-il pas comme une rivière en plein ciel, une eau fraîche dans la densité de la nuit ? Le titre «Bain de Lune» rappelle l’idée du voile pudique de la nuit, de la fascination du regard au creux d’une intimité mise en scène, tout en convoquant l’étrangeté d’une association entre aérien, éthéré, céleste, avec l’aqueux, le terrestre, le liquide.

S’il était une rivière céleste où la Lune pourrait, en cachette, se baigner, elle laisserait derrière elle quelques rayons mêlés à l’onde imaginaire, à la façon des formes ondulantes au cœur de ce tableau.



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