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Berlin - chronique de voyage 1

Ouf! En voilà une épopée ! Je suis dans le bus, mais ce n'était pas gagné. Première étape : arriver à la gare routière.


J'avais bien repéré mon trajet pourtant, l'horaire du bus de ville à prendre en bas de chez moi vers le métro, en comptant large sur l'horaire... Évidemment, je le rate. Me voilà contrainte de faire à pieds les quelques rues qui me séparent de la station. Une pécadille en temps normal (je ne prends d'ailleurs jamais le bus pour aller au métro), un calvaire aujourd'hui : je traîne deux paquets quasiment d'un mètre carré chacun, mon sac à dos de randonnée et mon sac à main fourré lui-même dans un sac de bouffe copieusement garni.

" Quelle expédition ! " Me direz-vous, "où diantre s'en va-t-elle chargée ainsi, et pourquoi diable est-elle vêtue comme au pôle nord alors qu'il fait 20°c et un soleil radieux?"

Oui car, en effet, il fait super beau à Rennes aujourd'hui. Et, oui, j'ai mon manteau doublé canadien, mes bottes de neige et un béret. Alors, je sue.

Eh beh mais, eh, avez-vous oublié ? J'expose quelques tableaux dans une galerie jusqu'à la fin mars, à Berlin ! En Allemagne, oui oui.

Les gens innocents et qui ont un juste sens de la rétribution s'offusquent lorsque je leur apprends que non, je ne suis pas défrayée pour le transport, le voyage ni le logement. Le fait est que c'est rarement le cas en art lorsqu'on n'est pas connu.e, je peux m'estimer heureuse avec ma carrière si jeune qu'une galerie sérieuse (et magnifique) dans une capitale européenne (en sus, une très artistique) m'accorde un mois et demi de présentation sans frais dans son espace. Je dois voir avec la galeriste les prix à fixer pour mes tableaux et le montant de la commission (je sais déjà la norme en vigueur, souvent 50/50 ou 40/60 en pourcentage artiste/galeriste) mais même sans rien vendre, ce sera un événement pour moi.

Pas de défraiement, donc. Pas de transport stylé par transporteur spécial non plus, pas d'avion au départ de Rennes avec supplément bagage exceptionnel - que non, me pensiez-vous nantie comme Crésus ou Damien Hirst? Heureusement à défaut de fortune, la bonne fortune, elle, a placé Flixbus sur ma route et ses larges soutes peuvent accueillir sans mal une caisse de tableaux. Moyennant supplément, mais dérisoire.

Je suis donc en peine avec mes paquets ce matin, ahanant sous un soleil narquois, songeant qu'avec mes pas de mamie et mon équipement de bourrique j'arriverai en retard et à l'état liquide métro Gayeulles.... Alors, comme au bon vieux temps, je lève le pouce.

(Là copains de Montréal, je vous vois vous marrer)

Après quelques échecs, une voiture de sport noire que je hèle au feu rouge accepte de me prendre (justement il a rendez-vous au métro, je vais le guider). Moi je suis essoufflée, échevelée, dans tous les sens et j'ai l'adrénaline tonique, je lui explique avec une familiarité bien dosée teintée d'urgence, de charmante maladresse et de reconnaissance (ratage de bus, tableaux, expo prochaine... Je peins abstrait! Ah bah oui, voilà ma carte si vous voulez aller voir..! Merci encore).

Le monsieur, cinquantaine propre et polie, m'a l'air un peu stupéfait mais, j'ai l'habitude. Je débarque comme un ouragan, dirait David. Sa voiture est vraiment belle, j'essaie de la cogner modérément avec mes paquets lorsque j'en sors. Il doit débloquer la porte arrière, je pense à une sécurité enfant (dans un coupé sport? Pourquoi pas).

De nouveau chargée, avant de filer je lui demande son prénom pour le remercier. Je fais toujours ça. Je ne profite pas sans y penser de ces menus services rendus ; cinq minutes dans son coupé ont sauvé mon voyage. Je tiens à me rappeler un petit peu de ces gens qui, sur ma route, m'ont filé un coup de pouce après que j'eus levé le miens.

Comme souvent, son regard lointain semble s'éveiller à ma question, et il me répond avec chaleur. C'est aussi là que je regarde pour de bon la personne qui me parle, justement. Une seconde pour ma mémoire et ma gratitude éternelle, et me voilà partie.

Dans le métro, je compte les minutes.

Je me suis trompée de sortie, j'ai la place à traverser. Caliss. Plus que 5mn top chrono avant le départ du bus. Je vois ses vertes couleurs, tout au bout du quai, évidemment, que je traverse en butant dans mes sacs, rajustant sans cesse mes prises, sous les yeux inutiles des voyageurs en attente. 4mn. J'arrive.

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