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Phtalo

Dernière mise à jour : 2 févr.

- Par julien Leroux

Les toiles de petits format concentrent souvent l’essentiel avec des moyens plus directs et gestuels, comme ici avec cette petite œuvre abstraite, espace de contrastes et de jeux d’équilibres.

L'artiste explore continuellement les rapports de tensions entre les teintes, les textures visibles, les densités picturales.

Au cours de la création de l’œuvre, elle fait encore une fois participer la diffusion aléatoire des couleurs dans l’élaboration des formes, par le biais de lavis interpolés. C’est après avoir laissé se dérouler ‘l’événement’ de la couleur par elle-même, qu’elle intervient de nouveau, pour délimiter et réorganiser les effets et les teintes ébauchées.

La composition est simple : une masse de couleurs chaudes et profondes se déploie dans le tiers inférieur, ses teintes se dégradent au centre en se mélangeant aux irisations aqueuses, bleues et vertes, qui teintent en une couche picturale très fine le haut de la toile.

Venant bouleverser ce dialogue (chaud/froid, couleurs denses/couleurs diluées), une tache d’un bleu lumineux, éclatant, texturé des traces visibles d’un pinceau décidé, parasite et attire à lui la vision de cet espace chromatique autrement binaire. Il se place à un endroit où les yeux se posent habituellement en dernier, après avoir suivi une diagonale partant du coin supérieur gauche au coin inférieur droit. C’est la couleur même, localisée et nette, qui crée une gène dans la lecture instinctive de la composition.

Mais ce déséquilibre visuel est délibéré, et la tache bleue s’harmonise dans l’œil


avec son opposé chromatique : l’ocre chaud, qui le borde et se développe en parallèle dans le rouge sombre. C’est, dans cet univers pictural aux contours flous, aux nuances mêlées, la touche nette et affirmée qui apporte une rigidité joyeuse à cette peinture toute en souplesse et en fluidité.

Ne voulant pas choisir un titre qui orienterait la perception vers un motif figuratif ou tout autre rapprochement formaliste, l’artiste choisit de rester fidèle à la couleur qui articule à elle seule tout son tableau : le bleu phtalocyanine, si lumineux, qu’elle utilise pur et pour la première fois.

«Phtalo» fait ainsi l’apologie de ce bleu intense, symbole ici de la présence du geste artistique conscient au sein d’un magma de couleurs libres de s’étendre et de se fondre tout autour.


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