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Matinée Networking

Vue du "Mini marché de l'art" 2024, Rennes.

Parfois je sors m'instruire et rencontrer mes semblables


Quand elle s'est jointe à la conversation que j'étais en train d'avoir avec un adorable galeriste, j'ai senti chez elle une recherche de profondeur dépassant le bavardage mondain ordinaire, sympathique et prudent, de mise entre deux inconnus. Je venais de dire que l'art se doit d'être sincère pour dégager une quelconque qualité artistique. "Mais tous les artistes sont sincères ; ils ne seraient pas artistes, sinon." Cette intervention emphatique ne pouvait venir que d'une autre artiste. J'argumentais cordialement : "Certains tombent dans une forme de systématisme, dès lors qu'ils rencontrent un certain succès... Ils peuvent se laisser piéger par leur propre style.

_ Ah oui mais ça, c'est après un certain temps."


Partage unilatéral avec une artiste accomplie

Nous étions d'accord sur le fond. Un bon début pour parler de pratique artistique. Tandis que le chaleureux galeriste s'éclipsait, l'artiste se mit à me présenter ses travaux, exposés sous mes yeux. Elle parlait invariablement du point de départ de ses œuvres, du prétexte qui avait conduit à l'élection du sujet puis des techniques utilisées, sans oublier de préciser le contexte d'exposition ou le cadre de chaque projet.

Son travail était extrêmement varié sur le plan technique, allant du dessin au crayon de couleur à l'estampe, au travail textile, à l'installation, la sculpture... Ses thématiques virevoltaient autour de la femme, chaque prétexte narratif venant détourner les stéréotypes de genre dans une approche évidemment féministe. Pour ce faire, elle s'appuyait aussi bien sur des mots, des textes interprétés graphiquement ou des figures mythiques telle que Sainte Agathe. Cette sainte martyre a subi l'humiliant supplice de se voir couper les seins, ce qui lui valut à travers l'histoire de l'art des représentations d'elle tenant ses seins sur un plateau, et autres joyeusetés.

J'ai toujours trouvé très incongrue cette figuration fraîche, rose et ferme comme un pudding d'un organe si apparemment indissociable du corps féminin, mais passons (il existe d'ailleurs je crois des pâtisseries en forme de dômes explicitement mammaires). Notre artiste en avait produit d'innombrables versions en tissu rembourré, garnis de perles, de dentelles, de matières diverses. De page de catalogue en page de catalogue, mon regard glissait sur des versions toujours plus colorées de petits coussins surmontés d'un rond mamelon brodé, cousu, perlé. J'ai pensé que l'artiste avait manifestement prit goût à la confection de ces petites horreurs (pardon mais je trouve horrible la représentation d'un sein coupé, même en satin et dentelle) et en avait fait une forme de manie compulsive – ce que je comprenais fort bien. Une fois trouvé le prétexte formel idéal pour bricoler avec tout et n'importe quoi (prétexte de surcroît riche d'une symbolique et d'une portée politique fortes), j'imagine fort bien le plaisir immense d'en faire encore et encore, toujours différemment.

Mais l'exposé se poursuit.

"Là, c'est un tissu que X marque a fabriqué à partir de mon grand dessin, attends, où est-il... Là. Et là c'est le coussin fait avec le tissu. J'ai fait aussi cette couronne, mais je l'ai faite mouler à la taille de ma tête. Là c'est l'inauguration de mon expo Y, où je porte la couronne. Ici c'est l'empreinte de ma tête...." J'acquiesçais, m'extasiais, attentive. J'aimais la diversité plastique et la délicatesse graphique de son travail, en vérité admirable et d'une grande qualité esthétique. Peu à peu néanmoins naissait une forme de stupéfaction face à la dimension ouvertement égocentrique de ces œuvres. Elle se mettait en scène autant que sa production, faisait de son corps de femme artiste le véhicule d'une pensée féministe – chose classique et presque évidente pour une femme artiste, mais qui n'inclut pas forcément un auto-couronnement ni le moulage démultiplié de sa tête sur un piédestal (parce que, oui). C'était là une mise en avant que beaucoup d'artistes autour de moi n'osaient pas, ceux qui s'effaçaient derrière leur travail, voire n'osaient même pas en parler. Nous en étions aux antipodes.

Etre artiste, c'est s'assumer - à fond, parfois

Tout en remarquant qu'elle ramenait vraiment tout à elle, à la limite de la flagornerie, parler à cette diva de l'art contemporain m'apprenait beaucoup et me nourrissait créativement. Son discours n'était pas dense ni étouffant mais je n'aurais en aucun cas pu trouver l'occasion de confronter mes expériences ou de partager mes impressions. Elle avait probablement occulté délibérément le fait que j'étais artiste moi aussi, graveuse de formation également. Elle ne faisait pas semblant de s'intéresser à ce qui, au fond, ne l'intéressait pas.

Elle enseignait dans un atelier, ce qui l'avait conduite à de fertiles partenariats avec de jeunes artistes. Je fis une remarque sur la richesse des collaborations.

"Ah, moi j'adore ça ! Je ne travaille que comme ça. Là par exemple j'ai repris les poèmes de X et je m'en suis inspirée pour ce livre d'artiste. D'ailleurs dans son encyclopédie des couleurs, j'y suis deux fois..."

La pensée qu'elle mettait le savoir-faire et les techniques d'autres artistes au service d'un travail la glorifiant et duquel elle s'enorgueillissait si bien m'effleura, il est vrai. Mais sincèrement, je ne fus pas si choquée de cet opportunisme technique. Après tout, il s'agissait souvent de partenariats formidablement créatifs pour toutes les parties impliquées. Je constatais simplement avec un léger effarement la fierté assumée de cette femme qui me parlait de ses projets successifs depuis vingt-cinq minutes sans avoir relevé une seule fois ses incompréhensibles lunettes noires. Ces lunettes m'agaçaient. J'y voyais la marque volontaire d'une distinction entre nous. Je scrutais l'ombre vague d'un œil derrière cet écran, peine perdue.

En sortant je ne sais comment, je pris garde à ne pas avoir l'air de fuir, remerciant l'artiste pour ce beau partage d'expérience et de son travail. "C'est aussi pour cela que j'enseigne, c'est ce que je fais, partager". Cette dernière phrase sonna avec un peu d'ironie à mes oreilles. Pourtant, je dois le reconnaître, j'ai immensément appris de cette rencontre, sur des plans bien divers.


Les artistes, les purs et durs, ceux qu'on croise lors de prestigieux vernissages, ceux qui ont roulé leur bosse dans de hauts lieux de l'art contemporain et qui maîtrisent l'esthétique et les thèmes en vogue chez collectionneurs et institutions officielles, ces artistes-là sont toujours si imbus d'eux-mêmes et de leur travail que c'en est fascinant. Ce n'est pas pour autant qu'ils nous méprisent, pas du tout ; et comme cette dame, ils sont souvent très gentils. On ne peut que les écouter, ce qui peut être un peu lassant, car ils ont à cœur de parler sans cesse de leur travail. Après tout, je n'avais pas posé trop de questions avant de me voir expliquer en long et en large chaque projet distinct par ce drôle de personnage. Il suffit de peu. Tout le monde aime parler de soi ; mais la conviction et la passion avec lesquelles les artistes que je qualifiais mentalement d'"un peu coucou" parlent de leurs exploits est particulièrement remarquable.

Cela me donnait à réfléchir. Admettons que j'obtienne un certain succès dans ma carrière d'artiste ; admettons que mes toiles se retrouvent dans de nombreuses bonnes galeries, que mon travail évolue vers une production conceptuellement approfondie au lieu de laisser l'interprétation libre et de faire sa part belle à la contemplation – admettons que dans une pièce immaculée, entre une pierre en céramique et une photo floue mal cadrée d'une décharge se trouve un jour un de mes tableau ; serais-je devenue moi aussi un "personnage" ? En me voyant, se dira-t-on un jour, "Elle est un peu "coucou", c'est bien une artiste"..? Mes amis me voient déjà comme l'artiste, et je sais qu'ils y mettent un amusement respectueux, envers quelqu'un qu'ils considèrent original, un peu lunaire, plutôt drôle et "dans mon monde", je crois, généralement, pour ne pas dire marginale. Mais j'espère ne jamais devenir vraiment trop égocentrique. Je sais depuis un certain temps que l'affirmation de soi est indispensable pour oser la création personnelle, pour assumer celle-ci et pouvoir la défendre. Cependant doit-on, pour se faire une place dans un certain milieu, s'affirmer si fortement, jusqu'à la caricature, jusqu'à ne plus savoir écouter mais seulement se vendre ? Je méditais là-dessus, tout en rejoignant la salle d'exposition suivante.


L'art graphique anti-bullshit, l'édition d'art comme bastion esthétique

Je me trouvais dans un festival d'art contemporain, regroupant galeries et associations. Au gré de ma promenade, j'absorbais avidement les styles, les teintes, les audaces de ces artistes tous plus intéressants et talentueux les uns que les autres. Axé sur les arts graphiques et l'édition, le festival faisait la part belle à ces travaux esthétiquement travaillés et je ne voyais pas de tentative conceptuelle décevante ou absconse, objets artistiques souvent prétentieux et ineptes qui foisonnent dans les expositions officielles centrées sur l'art contemporain. Le grand public associe au terme d'"art contemporain" toutes ces formes incompréhensibles et laides dont le propos leur échappe, et on ne peut leur en vouloir. Sitôt qu'il a intégré un circuit institutionnel quelconque, l'artiste contemporain se complaît à produire des formes inesthétiques au possible, justifiées – d'emblée par leur statut d'œuvre, et par un propos pseudo-engagé duquel l'œuvre produite serait une méta-métaphore, l'incarnation supposée, synthétique et lointaine.

On se doute que j'ai avec le temps développé un certain mépris pour ces faiseurs de vide, un dégoût pour l'art facile, un léger dédain pour les collections institutionnelles, constituées par des politiques, des administrateurs et des hommes d'affaires peu instruits en critique et en histoire de l'art mais soucieux de maintenir une haute exigence intellectuelle, caractérisée essentiellement pas son inintelligibilité.


Or donc, j'allais ce jour avec plaisir de salle en salle, contente de pouvoir apprécier les trouvailles graphiques et les univers singuliers des artistes présentés. Presqu'à chaque fois, une aimable personne venait gentiment me fournir des précisions sur chacun. Je dois mettre en avant le fait que les galeristes, pratiquement tout le temps, sont des gens extrêmement aimables. Je n'en ai jamais rencontré qui ne soit pas bienveillant, attentif, à l'écoute, je n'ai jamais été prise de haut (peut-être un peu ignorée parfois, au cours de vernissages où ils avaient des clients plus sérieux de qui s'occuper). Je parle d'amabilité, celle-ci tient parfois même à une forme d'humilité bienveillante. Ils parlent de leurs artistes avec déférence et respect. Le fait qu'ils défendent le travail des autres leur donne sans doute cet air modeste et accorde à leur approche une qualité de service et d'accueil réconfortant. Je me prends si bien à dialoguer avec eux, que j'en viens à parler de ma peinture, de mes doutes, de mes débuts sur ce marché complexe... Ils m'encouragent, demandent ma carte, me donnent la leur. Je sens que je n'ai pas encore franchi le pas de tenter l'aventure de l'art contemporain, cherchant d'abord à exposer et vendre mes toiles à n'importe qui qui les aimerait, sans cibler de marché précis. Je pense qu'il suffirait que je sois plus consciencieuse dans l'élaboration de thématiques identifiées pour créer mes tableaux, pour pouvoir les intégrer dans la logique conceptuelle qui plaît tant aux galeristes. Il n'y a guère que les artistes morts qui peuvent se permettre de n'avoir aucun autre discours qu'un langage visuel, esthétique.


Dernier espace. Dans l'escalier, je croise de nouveau l'artiste aux lunettes noires ; elle monte directement au dernier étage. "Je commence par l'exposition de X, j'adore!". Je m'abstiens de tout commentaire tout en prenant bien garde à m'arrêter un étage plus bas. Je suis fatiguée, j'ai sauté le repas, il fait chaud. Je feuillette un livret d'images incongrues trouvées sur le net et ne peux retenir un fou-rire. Cet artiste-là n'a pas fait preuve d'une quelconque maîtrise technique ni d'une virtuosité impressionnante et peut-on même qualifier cet objet d'œuvre conceptuelle ? La démarche s'inscrit dans un certain héritage folk d'art de la collecte, populaire, quasi-documentaire ; je suis conquise, c'est sans prétention et c'est efficace. L'humour donne sa cohérence à n'importe quoi. Un petit livre à 10 euros, c'est bon, c'est pour moi.

Les galeristes sont à l'écoute, les assos accueillantes et les institutions, à amadouer

Je croise une connaissance qui travaille à la communication de l'événement et en partenariat avec une résidence d'artistes fameuse, résidence pour laquelle j'avais postulé sans succès il y a un an ou deux de cela. On s'y attend lorsque deux places sont disponibles et que cent cinquante artistes sont candidats. Reste qu'après avoir monté un dossier scrupuleux, un refus est toujours un peu décevant. Il ne faut pas trop se remettre en question, pourtant on ne peut s'empêcher de se dire que si on était si génial que cela, on aurait été pris.e.

Nous discutons, je dis : "Souvent les résidences d'artistes s'articulent autour d'un thème, on demande un projet en rapport avec le lieu..." Mon amie réagit : "Ah bah oui, bien sûr !"

Je ne réponds rien, mais j'ai souvent pesté contre cette injonction qui fait à mon avis parfois figure de critère de sélection supplémentaire un peu artificiel. Si je pousse un peu loin, je trouve même un brin culotté le fait de soutenir seulement les artistes orientant leur projet pour une forme de promotion implicite de l'endroit. Le soutien conditionné à une obédience thématique me met mal à l'aise. Je pense sans rien dire, "nous les artistes nous cassons la tête pour développer un univers qui nous est personnel, original, pour distiller quelque chose d'expressément inédit dans notre travail, avec nos propres thématiques, qui sont souvent liées à nos convictions, nos vies, nos obsessions... Et sans considérer ce que l'on a patiemment construit, on nous demande de traiter un sujet très concret, très local. Eh bien non, ce n'est pas si évident".

Mais je ne dis rien, parce que je ne suis pas sûre d'avoir raison. Je ne suis pas sûre qu'il ne soit pas souhaitable de pousser les artistes à traiter d'autres sujets, à s'intéresser à un environnement précis et à ses enjeux. Je ne suis pas sûre que la vraie raison de mes grognements n'est pas finalement une forme d'égocentrisme, une obstination à garder mon travail tourné sur lui-même. Je pense que les institutions se la racontent, mais peut-être que c'est bien, quand même.


Dernière étape, cette petite galerie et ses jolies pépites, que je contemple en marchant un peu au radar en cette chaude après-midi (je n'ai toujours pas mangé). Le jeune galeriste qui s'anime en me parlant de ses artistes a le regard bleu et ouvert, un visage frais comme un bouton de rose – on dirait un doux page échappé d'un conte d'un autre temps. Son phrasé est plein de distinction et même l'étendue de sa culture me semble anachronique. Vannes où se trouve sa galerie n'est pas Rennes, mais je trouve cette oasis d'érudition forte agréable à écouter (et à regarder, par ailleurs). Je perçois sa passion pour l'Histoire de l'art, ce genre de flamme qu'ont ceux qui ont étudié avec avidité et continuent de s'instruire. Cela me donne envie de retourner à la Fac. Je ne sais comment répondre intelligemment aux évocations de noms et de notions que je n'ose tenter d'exhumer de mes lointains souvenirs, et mes répliques sonnent pauvrement à mes propres oreilles. Son ton si poli bloque bizarrement une familiarité que j'ai facilement eu avec d'autres galeristes. J'aurais envie de lui dire "Tu sais vraiment beaucoup de choses ! Je suis fatiguée, j'ai faim, ça te dit un verre de jus à la buvette dehors ?" Impossible. Le garçon doit avoir à peine la trentaine, mais je n'ose même pas le tutoyer.


Dis-moi ce que tu manges, je te dirais quoi mettre sur ta carte de visite

Je sors. Il est plus que l'heure de me sustenter. Je prends ce fameux jus de pomme et une part de gâteau et m'assois sur une longue table en bois, à côté d'un couple avec qui j'entame instantanément la conversation. Pour être honnête, à ce stade je n'ai plus le moindre souvenir des bêtises que je leur raconte. Nous parlons en tout cas du copieux gâteau que je mange, un gâteau nantais "mais revisité", nous précise l'homme à la buvette. Parce que celui-ci est vegan : ni œufs, ni beurre. Ah oui, il me semblait bien que je mangeais essentiellement de la pâte d'amande. Nous rigolons un moment tous les trois en évoquant les substituts possibles, huile Izio 4 ? Huile de Palme ? Amusement supplémentaire, elle se prénomme Amandine. Je suis contente que les deux drôles à mes côtés soient autant ironiques que je le suis quant à un certain veganisme intensif et peu scrupuleux de l'environnement. Ils sont artistes, plasticienne et musicien, vivant non loin de Rennes. Nous sympathisons, je pose plein de questions sur leurs échanges artistiques et leurs inspirations. Je suis au bout de mes capacités cognitives, mes talents sociaux sont seuls à bord, mais cela fonctionne. Je remarque que je n'ai cette fois pas affaire avec la caste des artistes Demi-Dieux Démiurges un peu "coucous", mais plutôt à celle des modestes allumés persistants, gang à laquelle je m'identifierais peut-être si je me sentais suffisamment intégrée dans un milieu ou un autre (je flotte moi, je ne sais pas trop où). Echange de contacts, nous nous reverrons.


En parlant d'identité artistique, l'un des galeristes avait réagit en lisant ma carte. "Pourquoi avez-vous écrit artiste peintre, pourquoi pas artiste plasticienne ? Vous vous enfermez dans une seule technique..."

C'est vrai, c'est un titre réducteur. L'artiste à ses côtés m'a fait comprendre que c'était même un peu dévalorisant, comme si l'artiste peintre appartenait à un type inférieur et désuet. Aujourd'hui, les artistes sérieux sont des plasticiens. Cela englobe toutes les pratiques d'art visuel. Je comprends bien que me dire artiste peintre peut sembler déconnecté de la sphère artistique contemporaine, où tous les artistes sont versatiles et surtout pas seulement "peintres". On me dit ouvertement que si la peinture revient à la mode, elle était tombée en disgrâce depuis un certain temps.

Je comprends que là s'affrontent deux conceptions de l'art : l'art inquiet, à la pointe des tendances esthétiques et conceptuelles, en évolution et en symbiose avec son contexte de monstration et ses acteurs ; et un art en-dehors de ces sphères, qui s'élabore dans une sorte de perpétuation de codes traditionnels, issu d'une recherche déconnectée du monde. Un art ringard, en somme. Mais je n'ai pas choisi "artiste peintre" par naïveté, bien que ce titre évoque pour moi la vision romantique et merveilleuse d'un artiste bohême, habitant les affres du rêve et de la beauté, qui me rappelle ma grand-mère (artiste amatrice) et une image idéale héritée de mon enfance. Non, j'ai choisi de me dire "artiste peintre" car mon travail s'est construit dans le rejet thérapeutique de mes pratiques antérieures, dessin, expérimentations diverses, même contre la nécessité d'élaborer une "recherche". La peinture est ma terre de liberté en ce moment, la peinture abstraite est une vraie rupture d'avec un apprentissage qui représente encore dans ma vie une période difficile et problématique. Puisque je peins, je suis peintre.

Pour être honnête, je pensais aussi un tantinet trop prétentieux me déclarer plasticienne, ce terme que la gent ordinaire ne comprend pas très bien et qui lui signifie explicitement qu'elle n'y connaît rien - alors que je ne fais pas d'art plastique, je n'en fais plus, moi : je peins. Encore une fois, c'est un indice révélateur du monde de l'art auquel je compte prétendre ou pas. Je ne suis pas sûre d'être assez ambitieuse pour mettre "plasticienne" sur ma carte de visite. Je ne suis pas sûre d'être encore assez "Coucou".


Je pense que j'aime encore mieux le monde intemporel d'une Histoire de l'art en dialogue avec le présent, où évoluent des galeristes érudits, blonds et volubiles.


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